Jacques Serena & Michel Massi | La Sortante

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« Je tendais à ne plus vouloir, moi, que témoigner, signaler les mots dits, indiquer les gestes faits ».

C’est dans ce désir de raconter avec les mots les plus simples, ce que nous avons en partage (Koltès disait : « n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous ») que se tressent les récits de Jacques Serena. Et s’ils nous parlent de si près, avec cette impression d’y être pris, c’est que les territoires qu’ils explorent sont de l’ordre de l’intime, choses qui hésitent, qui se nouent, ténues, fugitives, portées par une langue heurtée, animée d’un rythme comme d’une musique tournée en soi en boucle.

« Des textes iront plus ou moins se faire passer pour du roman, d’autres sans trop de mal pour du théâtre. »

Mais toujours le texte fait voix, se dit de l’un à l’autre, s’énonce depuis un corps dont il adopte les tournures, dont il s’extirpe des noeuds. Voix qui s’accroche à l’autre ou qui bute au silence du monde : « S’écrire c’est toujours pour essayer de s’échanger des bouts de moments vécus trop seuls ».

La langue erre comme on erre en soi, comme on fait chemin de ses paroles pauvres, retenue dans ces territoires fragiles de la littérature : entre l’expérience vive, celle-là qui s’ignore, et les éclaircissements que l’on obtient à tenter de la formuler.
« Entre ce qu’on sait et ce qu’on arrive à vivre, y’a des romans ».

Tout aussi bien il y a les images à travers lesquelles celui qui les fait aborde au monde. Des images pour aller là où ça vous échappe. Parfois elles disent de trop haut et dans une séduction froide, parfois au contraire elles portent en elles les conditions de leur possibilité, c’est-à-dire qu’elles se placent entre les vérités philosophiques et les poésies particulières, à hauteur d’homme.

Les photographies de Michel Massi, bien que réalisées sur commande lorsqu’il travaillait pour une agence de presse, rejoignent les récits de Jacques Serena dans les relations discrètes qu’elles mettent en scène ; micro fictions dans lesquelles les gens semblent « un peu en marge, décalés, en attente par rapport à une situation qui nous échappe ».

Ces mots sur un banc, « gaby » appelant pour nous tout Baschung, les gestes des mains, les visages. Pour autant nul renvoi du texte aux images, nulle illustration, peut-être quelque chose que l’on pourrait dire une correspondance.

JL

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