À propos

Articulation texte et travail plastique ; vue sur l’atelier des peintres, des photographes, des plasticiens ; mise en relation des travaux plastiques et d’écriture ; circulation des supports et travail sur les richesses plastiques. Internet, non pas lieu de repli, mais territoire de conquête. Qu’internet soit plus qu’une vitrine de présentation, mais un véritable site de recherche et mise en relation, c’est une évidence. Qu’il devienne l’enjeu et même l’outil des travaux plastiques, on l’espère même. Voir en retour comment le regard des plasticiens travaille l’écriture qui essaie de l’envisager.

Parmi les mutations qu’Internet a produites ou provoquées, les plus profondes sont souvent les moins immédiatement perceptibles – dans le champ des arts, ce serait à la fois la mise en relation des travaux et la mise en tension de leurs échanges sans hiérarchisation de l’image et des textes qui voudraient s’en saisir. Les travaux de plasticiens non seulement deviennent facilement visibles, mais radicalement visibles, par expositions sur la Toile des évolutions de la démarche, des séries depuis le projet jusqu’à leur terme jamais finalement épuisé. À la fois galerie et atelier, c’est cette ouverture qui nous est donnée et qu’il nous faut non plus seulement recevoir, mais penser.

Ce qui est nécessaire en effet, c’est de refuser le cloisonnement ancien des pratiques – de mettre en relation le travail sur la langue et le travail plastique sur la matière. Le Net engage précisément une mise en relation des travaux sans se préoccuper ni de la nature intrinsèque de ceux-ci, ni de leur prétendue hiérarchie. Pictura et Poesis, donc, dans le même souci de s’emparer de l’un et de l’autre, et l’un par l’autre, non pas pour réduire et annuler leurs spécificités, mais pour interroger les pratiques, faire circuler les énergies, produire des relations par flux d’intensités nouvelles. Parce que les arts plastiques, graphiques, photographiques ou picturaux nous apprennent plus qu’à voir le monde : à le dévisager, l’envisager sous des rapports qui le renouvellent, l’approfondissent, et l’élargissent, l’écriture apprend peu à peu en retour à produire une langue neuve à l’épreuve des territoires que ces arts arpentent.

Le parti pris de cette collection est de confronter un travail plastique à un texte qui voudrait, sans souci d’illustration, le prendre en charge – charge d’énergie, ici encore. Refusant l’illustration ou l’explication, les textes qui s’affronteront aux images, voudraient seulement interroger de l’intérieur les possibilités du regard du plasticien, dans sa tâche de désignation du monde, de révélation chimique du réel : double charge de nomination.

L’enjeu est évidemment double – donner à des artistes la possibilité de montrer leur travail dans un contexte politique et économique qui leur donne de moins en de moins de place, alors que la production plastique nous est de plus en plus vitale ; et permettre plus qu’un dialogue, une véritable mise en relation des langues et des regards, en pleine fraternité de part et d’autre de nos outils et de nos regards : ce qui fait face est un même monde.

Arnaud Maïsetti & Jérémy Liron

Retrouvez la collection sur la librairie publie.net.

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